Prométhée

Elle sentit un violent choc dans son dos qui la projeta au loin et le fracas monstrueux d’une tonne de roches qui s’écrasait là où elle se tenait l’instant d’avant. Elle se cogna la tête contre un affleurement rocheux qui manqua de lui faire perdre connaissance. Un sifflement aigu lui martelait le crâne. Ses bras se dérobèrent quand elle tenta de s’y appuyer. Elle n’arrivait pas à se relever. Tout juste arriva-t’elle à se retourner sur le dos. C’est déjà pas si mal se disait-elle en essayant de bouger tout ses membres. Prométhée la regarderait encore l’air de dire tu ne tiens pas sur tes pattes. Où est Prométhée ? L’instant d’avant, elles étaient côte-à-côte. Elle ne la voyait plus dans cet enfer de poussières floues. Il lui fallut une éternité pour emplir ses poumons de cet air épais au goût de fer. Elle cria :

— Prométhée ! Où es-tu ? Prométhée !?!

Rien, la poussière n’en finissait pas de retomber et enserrait son coeur d’une angoisse démentielle. L’horrible se faisant un peu plus atroce à chaque fois que le sang battait à ses tempes. Elle criait pendant qu’elle rampait, aggravant encore sa condition en avalant la poussière qui saturait l’air. Quand elle se sentit défaillir, elle la devina allongée comme à son habitude. Elle serra les dents et sourit de cette éternelle nonchalance de la chienne. Elle continuait de ramper vers elle.

— Ça va pas de me faire peur comme ça ? Tu pourrais répondre !

La chienne ne bougeait pas. Elle ne pouvait plus. Tout juste put-elle gémir de soulagement quand elle découvrit son amie rampait vers elle. Viviane parvînt à ses côtés et l’horrible vérité apparut à mesure que l’épaisse poussière disparaissait. Le train arrière de la chienne n’était plus, c’était au-delà de tout espoir. Dans un effort surhumain, la jeune fille parvint à se caler assise à même le sol et la prit contre elle. Elle ne comprit pas tout de suite. Elle refusait de comprendre.

— Non ! tu ne peux pas me faire ça. T’es obligée de vivre. Comment je vais faire sans toi ???

Viviane serrait contre elle le corps abîmé de sa commère. Elle ne voyait plus rien. Prométhée semblait rassurée de voir son amie indemne et lui lécha ses joues mouillées de poussières comme on débarbouille un chiot apeuré, comme quand Viviane était bébé. Un instant seulement, car la douleur ne lui permit pas d’être plus longtemps affectueuse. Qu’allait devenir Viviane sans elle ? Elle avait toujours eu un odorat déplorable et cette manie de vouloir se tenir sur ses deux pattes arrières, toujours à trébucher. C’était une drôle de bestiole à montrer ses dents quand elle était heureuse et à faire couler de l’eau de ses yeux quand elle était triste. Tu es triste Viviane ? Il ne faut pas, te savoir vivante me comble, sois heureuse s’il te plait. Viviane la serra plus fort contre elle à mesure que le souffle de la chienne se faisait de plus en plus ténu et lui murmura :

— Merci pour tout Prométhée, sois libre.

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