Un peu de moi – fondations

Parfois, l’on me demande comment je fais pour écrire. Je réponds que je prends papier et crayon, un sourire narquois aux lèvres devant l’air désabusé de mon interlocuteur. Ça me vient, voilà tout, mais non pas sans effort.

Interloquer, déconcerter, décontenancer, j’aime bien. Jouer sur les sens, les non-sens, les sous-entendus, les trop dits, c’est une récréation pour moi. C’est une re-création. Que puis-je donc pondre ou répondre à cette question ? Dois-je pondérer ? Comment fais-je pour écrire ? Et vous ? Comment faites-vous pour ne pas écrire ?

Il y a quarante ans de vie derrière cette plume et tout le poids de la légèreté. Je les mélange à mon expérience de vie, à un prisme ou deux et aussi à des univers comme celui de l’odyssée d’Ulysse, d’Alice, de l’alchimie et bien d’autres encore. Je me nourris aussi de tout ce que d’autres avant moi ont si magnifiquement écrit, distillé avec patience et passion, jusqu’à en extraire l’essence, la quintessence. Usons de l’alambic et évitons l’alambiqué.

Écrire, c’est ma façon de penser et un peu plus encore. Retrouver avec malice et ravissement, le sens des mots qui se sont perdus dans l’usage comme ce gâteau cuit deux fois qu’on appelle biscuit. Chaque mot est un petit coffre aux trésors, un bijou d’horlogerie, un joyau tant de fois poli au point d’être usé. Ils sont mes sucreries, ma gourmandise. C’est bien moins un besoin qu’un plaisir que de voir les mots s’aligner et découvrir, à la relecture, des nuances que je n’aurais pu saisir autrement. Comme si je me révélais à moi-même, me permettant le recul nécessaire pour embrasser la vue dans son entièreté, paysage fantastique. Pourtant et même si l’écrit m’importe, m’emporte, le mot porte d’abord sur un son, un chant et si porte il y a, comment ne pas succomber à l’entrouvrir ? En découvrir la portée ?

Raaaah, l’écrit ! Autant dans d’autres langues, l’écriture est phonétique, on écrit comme on le dit, autant pour le français, c’est un foutu bordel. C’est d’une complexité folle et l’on s’interdit parfois à écrire devant cette difficulté. Qui ne sait jamais arraché les cheveux à essayer de comprendre la logique derrière certaines orthographes ? Il n’y a rien à comprendre et il n’y a pas de logique. L’orthographe est la dernière inquiétude à avoir quand nous écrivons un texte. D’abord et avant tout l’idée, le sens. L’orthographe est une convention, un consensus, un emballage. Ce n’est pas l’essence du texte.

L’écrit permet de conserver et même de converser et pour autant il brise l’instantané, l’éphémère et donc la fulgurante beauté d’un moment déjà évanoui. L’écrit permet le temps de la réflexion. Lisez moi bien. Nous faisons face à des freins quand nous lisons. Des freins moindres quand nous écoutons car nous avons accès à la tonalité, l’intonation et les silences. À se demander si je ne devrais pas écrire mes textes comme des partitions en précisant les rythmes et les silences. Nous avons tout de même accès aux émojis maintenant qui nous permettent de signifier les sous-entendus de l’écrit 🤔🤣🫠

Quand il m’est venu l’idée de partager mes écrits, je fus confronté à un mur d’incompréhension, le mien d’abord. Comment diable le lecteur pouvait-il dériver à ce point du sens que je prêtais à mes mots ? Et là, la révélation, le buisson ardent, l’apocalypse. Diantre, Vous n’est pas moi. C’est heureux, j’en conviens. Quel serait l’intérêt de converser avec son clone ? Face au constat, que faire ? Comment devrais-je donc procéder pour être certain que ce que j’ai écris soit lu avec la même gravité que celle que j’ai gravé en chaque mot ?

Alors la question n’est pas tant comment je fais pour écrire mais plutôt pourquoi j’écris. La réponse est : parce que je le peux. 😁

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